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La philosophie est à l'esprit de l'architecte ce que la vue est à ses pas.
(Frank Lloyd Wright).
L'architecte américain F. L. Wright, qui a à son actif plus de 600 réalisations, était un lecteur. Il a dit comment sa vocation d'architecte est née en lisant les ouvrages de l'historien et théoricien français Eugène Viollet-le-Duc et du poète et critique anglais John Ruskin. Il connaissait également Victor Hugo, notamment Notre-Dame de Paris, et sa méditation sur la fin de l'architecture. (Voir le chapitre de Notre-Dame de Paris intitulé Ceci tuera cela.) Mais il connaissait aussi la philosophie américaine et tout spécialement les "transcendantalistes" en l'espèce de Ralph Aldo Emerson et David Henri Thoreau. Leur lecture permet notamment d'approfondir la pensée de Wright. Il pourra sembler étonnant que cet architecte, champion d'une modernité américaine soucieuse de respect envers la nature, ait trouvé dans la réflexion philosophique les motifs essentiels d'une oeuvre architecturale inventive et foisonnante.
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On pourra lire, pour un premier contact avec les écrits de Wright, le Testament. (Editions Parenthèses).
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"A quoi bon emprunter sans cesse le même vieux sentier? Vous devez tracer des sentiers vers l'inconnu. Si je ne suis pas moi, qui le sera?" se demandait Thoreau, philosophe admiré par Wright.
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Extrait : "La ville est l'endroit où convergent les routes, une sorte d'expansion de la grand-route comme un lac l'est d'une rivière. C'est le corps dont les routes sont les bras et les jambes; un endroit trivial ou quadrivial, la voie publique et ordinaire des voyageurs. Le mot vient du latin villa, que, avec via, la voie, ou plus anciennement ved et vella, Varron fait dériver de veho, porter, parce que la villa est l'endroit vers lequel on apporte et d'où l'on rapporte les choses. Ceux qui gagnaient leur vie avec les attelages étaient dits vellaturam facere. D'où vient apparemment le mot latin vilis et le nôtre, vil, ainsi que vilain. Ce qui suggère de quelle sorte de dégénérescence les villageois sont susceptibles. Ils sont usés par la route qui passe par et sur eux, sans qu'eux-même voyagent."
Voici encore un aphorisme de Thoreau. On n'imagine pas Wright ne pas l'avoir médité :
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"Nos maisons sont des biens si pesants que nous y sommes davantage emprisonnés qu'hébergés."
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A PROPOS DE PHILPREMIERE
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Ce blog est l'espace intranet de l'école d'architecture de Nancy dédié au cours de philosophie de première année.
Il est tout d'abord destiné à publier des exemples d'un exercice de croquis commenté. Celui-ci repose sur le principe de la complémentarité de la compréhension dessinée de l'architecture et de sa compréhension verbale. Il familiarise également les étudiants avec l'architecture de notre temps.
A chaque séance une photographie d'un ouvrage remarquable est projetée, parfois accompagnée de plans et de photographies complémentaires. Les étudiants ont une demi-heure pour faire un croquis rapide et rédiger quelques phrases de commentaire.
Aprés deux premiers essais - sur l'INIST de Jean Nouvel et l'école d'architecture de Marne-la-Vallée de Bernard Tschumi - les exercices affichés seront ainsi notés : une note sur 10 pour le croquis et une note sur 10 pour le commentaire. Le tout constituera une note sur 20.
Un cours sera prochainement "blogué" ainsi que des éléments bibliographiques.
QU'EST-CE QU'UN CROQUIS COMMENTE?
Un croquis est une représentation destinée à consigner manuellement, de manière analogique et si possible rapidement un savoir relatif à certaines choses visibles. Ces choses visibles, dans le cadre du cours, sont des ouvrages d'architecture. A la différence de la photographie "réflexe" - celle qui est pratiquée comme une simple consommation d'images - la réalisation d'un croquis, et parce que le moyen utilisé est abstrait - trace de couleur uniforme d'un crayon, d'un stylo-feutre etc. - suppose un certain type de points de vue sur l'objet dessiné.
Il est demandé de réaliser ces croquis le plus possible avec un feutre noir sur un papier blanc non quadrillé. C'est dire d'entrée de jeu que le but n'est déjà pas de transcrire les couleurs de l'objet à connaître même si, en dessinant par exemple la silhouette d'un arbre en été, je laisse sous-entendre la couleur d'un feuillage.
Le croquis étant un genre de dessin rapide on suppose qu'on lui assigne de capter l'essentiel de l'objet vu. Qu'est-ce que cet essentiel à propos d'ouvrages d'architecture?
Bien qu'un croquis soit un dessin rapide et le plus souvent à main levée il peut contenir plusieurs "calques" d'information. Nous retiendrons les calques suivants :
1. Le premier calque est constitué par l'organisation relatives des volumes. C'est dire que le croquis d'architecture doit transcrire le système des proportions qui régit l'organisation de ces volumes. (Un croquis de façade ne sera pour nous qu'un genre particulier de croquis de volumes.) La première "méditation" du croqueur doit être relative à la question de savoir ce qu'est au juste une organisation de volumes. Quand on regarde le pavillon de Mies on observe aussitôt que l'espace "vide" est aussi et peut-être même plus important que l'espace construit lui-même. L'organisation des volumes est elle-même spatiale et le croquis doit révéler la spatialité de cette organisation. Certains étudiants ont par exemple dessiné l'amphi de Bernard Tschumi comme un objet totalement isolé. C'est une erreur. Comme l'ont bien vu d'autres, l'amphi est un bâtiment dans un bâtiment. Par conséquent le croquis devait rendre compte des relations entre l'amphi et son environnement immédiat. Si l'amphi de Tschumi doit être dessiné en relation avec des éléments du bâtiment qui le contient le pavillon de Mies doit l'être avec des éléments du paysage proche : végétation, rues, profils de certaines constructions proches...
2. Le deuxième calque, qui précise le premier, est constitué par la manière dont l'organisation spatiale des volumes joue avec la lumière. Il peut donc être utile de noter l'heure du croquis - voire, quand on travaille d'aprés photographie, de faire une hypothèse horaire - et de donner quelques indications relatives aux ombres. Dans la photographie du pavillon la lumière est celle du matin. (Voir l'ombre du poteau à la surface du grand bassin). Encore faut-il comprendre ou savoir que l'axe du pavillon qui part de la statue pour aller vers le grand bassin est un axe nord-sud.
3. Le dernier calque que nous retiendrons dans le cadre de l'exercice est constitué par les matériaux au moins en ce qui concerne leur mode d'agencement : plaques de métals de l'amphi, panneaux minéraux du pavillon... (Ils sont visibles sur le mur qui se trouve à gauche de l'image).
Exemples :
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Le bardage métallique de l'amphi de Tschumi.... ..............Le parement minéral du pavillon de Mies
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Là il faut trouver un moyen simple et parlant pour suggérer la matière et préciser le mode d'agencement. Nous pourrions ajouter d'autres calques. Mais c'est le premier qu'il faut mettre en place en priorité. Comment les volumes sont agencés et de quelle manière ils font "vivre" l'espace? Qu'est-ce qui est fermé? Qu'est-ce qui est ouvert? Comment l'espace vibre et coule à travers les choses visibles, ouvrages, ensemble d'ouvrages, éléments naturels, objets divers?
A méditer : ce site dédié à des carnets de croquis de voyages.
http://croquisetvoyages.free.fr/#
(Le vôtre peut être bien plus pertinent sur l'architecture et la ville...)
POURQUOI COMMENTER?
"L'architecture est un langage muet à l'intention des esprits". Hegel
Pour le dire de manière familière l'architecture, pour Hegel, ne s'adresse pas à l'estomac mais à l'esprit. C'est un message envoyé à la pensée. Elle transmet des "idées générales". (On se reportera au cours où est expliqué un texte de Hegel). Commenter un ouvrage d'architecture ce sera, dans l'espace du cours de philosophie, tenter de dire à quoi "fait penser" cet ouvrage, quelles pensées suggére-t-il. On peut faire des commentaires techniques, historiques etc. Il s'agit surtout, dans cet exercice à caractère philosophique, tenter de révéler à quoi pense l'ouvrage. Dans l'exercice sur l'INIST de Jean Nouvel il fallait être sensible, mais cela a relativement été bien vu, aux idées de mobilité, de flux, de stockage, de transport et à la manière dont l'ouvrage met en scène le savoir dans la société à l'âge de la révolution numérique. Certes, l'architecture pense aussi architecturalement, et il faut faire l'effort d'associer les "idées générales" à la manière avec laquelle l'architecture en tant que telle les pense. Dans le cas de l'amphi de l'école d'architecture de Tschumi il était bon de souligner que l'ouvrage donne à voir et à penser un certain mode de rassemblement - se rassembler pour apprendre, pour connaître - en mettant en scène un "bâtiment dans le bâtiment", une "boîte dans la boîte". Certains ont bien vu également que l'architecte faisait référence à l'architecture industrielle : verrières, hangars, passerelles, matériaux métalliques etc. A l'évidence l'architecte a pris le parti d'ennoblir, dans son interprétation du programme "école d'architecture", des éléments empruntés à l'activité industrielle.
Un des objectifs de l'exercice de croquis commenté est cependant, en suscitant une activité de verbalisation et d'analyse, de mettre l'étudiant en situation de désirer s'exprimer par le projet d'architecture.
JP Marchand
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Je viens de découvrir cette page. Bien qu'étant déjà architecte, j'aurais bien désiré participer à ce cours.
Je vous invite à voir mon site, j'y mène quelques réflexions sur l'architecture, la photographie et la philosophie:
http://marcol.ch
Rédigé par: Marcol | 12 juin 2008 à 07:05