"Il y avait à Capri, en la partie la plus sauvage, la plus solitaire, la plus dramatique, en cette partie entièrement tournée vers le midi et l'orient, où l'île, d'humaine, devient féroce, où la nature s'exprime avec une force incomparable et cruelle, un promontoire d'une extraordinaire pureté de lignes, qui déchirait la mer de sa griffe rocheuse. Nul lieu, en Italie, n'offre une telle ampleur d'horizon, une telle profondeur de sentiment. C'est un lieu, certes, propre seulement aux êtres forts, aux libres esprits. Car il est facile de se laisser dominer par la nature, d'en devenir l'esclave, de se laisser déchiqueter par ces crocs délicats et violents, de se faire engloutir par cette nature comme Jonas dans sa baleine."
Extrait de "Ritratto di pietra" (Portrait de pierre) 1940 de Curzio Malaparte.
La Casa Malaparte est une œuvre architecturale moderne de 1937, construite dans un des plus beaux sites géographiques du monde, à flanc de falaise au bord de la Méditerranée, à l'est de Capri en Italie.
La villa a été conçue et construite en 1937 par l'architecte Adalberto Libera suite à la demande de l'écrivain. C'est du moins ce que l'on croyait avant les recherches de Marida Talamona. Il apparaît maintenant que cette demeure est essentiellement due à Malaparte, Libera n'aurait dessiné qu'une ébauche de la maison et servi de prête nom pour obtenir un permis de construire. Dans "Ritratto di piera" Malaparte s'en attribue explicitement la création, et insiste sur ce "portrait essentiel, nu, sans ornement". Le vrai n'est jamais facile à démêler du faux chez Malaparte, mais l'hypothèse est plus que vraisemblable, et semble vérifiée par l'absence du moindre plan achevé dans les papiers de Libera.
Cette villa, paradoxale et provocante, solitaire et offerte au regard, secrète et mythique, est à l'image de son propriétaire. Construite au bord extrême du cap Massullo, à Capri, parallèle au ciel, elle semble à la fois se fondre dans le paysage de roches et insolemment rivaliser avec la mer et les Faraglioni, les rochers qui lui font face à fleur d'eau. L'ocre très rouge des murs, la géométrie des lignes, la pente redoutable de l'escalier en trapèze qui occupe un pan entier et mène à la terrasse, la virgule blanche qui ponctue le toit comme une voile, en font un étrange vaisseau échoué sur le roc, dont les fenêtres s'ouvriraient sur l'éternité.
L'essentiel de la construction a été confié à un maçon de l'île, Arturo Amitriano, aidé par ses deux fils. La correspondance de Malaparte avec cet artisan, atteste du soin constant accordé à ce chantier. En 1942, la maison est achevée. Savinio, le frère du peintre Chirico, dessine les meubles en choisissant la lyre comme motif central. Toute en longueur, construite sur deux niveaux, la maison s'articule autour d'un immense atrium dallé, dont les baies dessinent le paysage naturel comme de gigantesques tableaux hyperréalistes. A l'avant, la chambre de la Favorite et sa salle de bain en marbre vert, et, symétriquement, celle du maître des lieux. Malaparte y vient de préférence l'hiver, quand la mer monte à l'assaut de la pierre.
La maison fut longtemps abandonnée après la mort de Curzio Malaparte. Très endommagée par le temps et par le vandalisme, elle perdit même son somptueux poêle en céramique avant de faire l'objet d'un long et coûteux programme de restauration dans les années 1980-1990.
La villa fut laissée en héritage par l'écrivain à la République populaire de Chine. Le legs fut contesté par la famille de Malaparte, et après des années de procédure, ceux ci ont obtenu gain de cause. Grâce à l'obstination du petit-neveu de Malaparte, Niccolo Rositani, et au soutien de mécènes privés, une fondation a pu être créée afin de sauver la Casa Malaparte de l'abandon, mais aussi des promoteurs qui voulaient en faire une pizzeria.
De nombreux industriels italiens ont participé à la préservation de cette architecture exceptionnelle, la façade a déjà retrouvé son allure originale.
Ce parallélépipède de maçonnerie rouge entaillé par un monumental escalier en pyramide inversée est implanté sur une falaise abrupte, 32 mètres au-dessus de la Méditerranée, dominant le golfe de Salerne. L'accès à la propriété n'est possible qu'à pied depuis Capri ou bien par la mer grâce à un escalier taillé dans le rocher.
Trop volumineux pour quitter l'édifice, la majeure partie du mobilier original est toujours dans la villa. La baignoire de marbre de la chambre de la maîtresse de l'écrivain est toujours fonctionnelle. Sa chambre et son bureau bibliothèque sont également intacts.
La villa est devenue un lieu d'étude pour les architectes et les amateurs du monde entier. Divers évènements culturels se tiennent également sur le site. Pas question pour les héritiers d'en faire un musée, cette maison doit selon eux, rester un lieu privé et créatif.
C'est aussi en ces lieux que fut tourné "Le Mépris" de Jean Luc Godard, d'après un roman d'Alberto Moravia qui fut l'un des hôtes de Malaparte à Capri.



























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