La sculpture d'Erwin Heerich se présente comme un volume cubique creux en brique dont a enlevé, à deux angles opposés, deux cubes dont le côté est légérement inférieur à la moitié de la longueur du côté de l'ouvrage.
Chaque côté du cube est pourvu, sur l'axe de symétrie, d'une porte transparente en verre d'une hauteur équivalent à peu près au double de la hauteur d'une personne de taille moyenne.
L'intérieur se présente comme un espace "blanc" particulièrement sensible aux variations de lumière. On découvre ainsi qu'à la grande hauteur du volume correspond deux "cheminées" de lumière coiffées d'un vitrage quadrillé en verre dépoli. La paire de "petites hauteurs" se termine au contraire par une sous-face opaque supportée chacune par un pilier de section carrée (et prenant la charge à l'angle en surplomb de la sous-face).
Notons ainsi deux oppositions :
1. Le rouge-grenat clair de la brique - mais ponctué d'éclats tirant sur le blanc // le blanc lumineux de l'intérieur;
2. La lumière diffusée par le verre dépoli translucide des "cheminées"//la lumière pénétrant par le verre transparent des portes.
Observons le contraste entre ces deux types de lumière : lumière directe passant par les portes et lumière diffusée par le verre dépoli :
La photo ayant été prise vers 14 heures au début du printemps permet de dire que la partie ombrée du volume se trouve orientée au nord.
En interrogeant Google Hearth on vérifie que la face nord est celle qui se trouve à droite de la photographie. Elle fait face à la lumière projetée par la porte de la face sud.
On peut pour le moins souligner qu'Heerich a choisi d'exposer un angle de grande hauteur à la lumière du sud. (Au lieu d'exposer l'arête correspondant aux cubes évidés.)
Cela permet d'illuminer une plus grande surface de briques. Telle est la "tour" - Turm en allemand.
Au reste, sur le plan, le tracé des cheminements mettent en évidence l'aspect d'horloge solaire de la tour.
Regardons maintenant vers le haut.
Voici la photographie correspondante :
Nous constatons d'abord que les deux carrés de lumière dépolie ont un carré en commun : le carré noté M. L'expression M? écrite en rouge signifie qu'on se demande si le petit carré central n'est pas le module de composition de l'ensemble. On peut vérifier que les portes ont approximativement la même largeur que le carré M. Le carré M se trouve par ailleurs au centre d'une croix dont les branches mesurent la section du volume intérieur. Pour mieux voir : Il est donc possible d'affirmer que la surface intérieure du volume est de 9M x 9M. Les portes occupent par ailleurs dans la trame les positions indiquées par la lettre O. En tirant la fuyante de gauche du pilier il est également possible d'affirmer que les piliers ont un côté d'une longueur équivalente à Mc/2. Mc désigne ici la longueur du côté du carré M. La surface des sous-faces correspondantes aux cubes évidés vaut de même 4M x 4M. Les verrières valant quant à elles 5M x 5M. Petit calcul : 9M au carré fait 81M2. Mais 4M au carré (16) plus 5M au carré (25) faisant 41, ce nombre devant être multiplié par 2 pour obtenir la surface totale, on obtient 41 x 2 = 82. La surface intérieure fait-elle alors 82 ou 81 M2? Le M2 en trop correspond au carré que les deux verrières ont en commun, le carré noté M?. La surface intérieure du volume est bien de 81 M2. --------------------------------------------------------- En observant l'ombre qui se découpe à travers le dépoli il est possible d'en déduire que la plaque dépolie est surmontée d'une verrière de protection formant un petit toit dissymétrique. Il serait intéressant de savoir comment les deux petits toits se rencontrent sur le carré commun M. Les deux croquis suivants décrivent approximativement ce qu'il en est de cette couverture. Ils sont complétés par un plan tramé du volume intérieur. * Il fallait commencer par mettre en correspondance les prises de lumière zénithale avec les parties les plus hautes du volume. * Il fallait de même observer que les deux carrés se relient par l'intermédiaire d'un petit carré commun, ici en rouge. De même il fallait aussitôt comprendre que cette grille en diagonale définissait tout le volume intérieur. Celui-ci s'arrête à la limite du carré dans lequel la grille de lumière est comprise. * L'observation, à travers la grille, de l'existence d'un petit toit permet de faire l'hypothèse suivante sur la configuration générale : Les pointillés en rouge indiquent comment je corrigerais ce croquis. Le mur en briques ne semble pas avoir besoin de s'élever beaucoup pour dissimuler l'armature des toits. Le bord droit des portes - sur l'image - est aligné sur le décrochement correspondant au retrait des deux petits cubes. Plan du volume intérieur : Les portes forment une croix en se fondant sur les dimensions du carré noté M. Petite erreur à corriger : les portes s'ouvrent vers l'extérieur et non vers l'intérieur! --------------------------------------------------------- Sur la relation intérieur/extérieur Les deux images suivantes représentent une maison de Mies van der Rohe de 1930, la maison Esters. Observons comment Mies différencie matériellement l'extérieur et l'intérieur. L'idéal est de faire en sorte que l'intérieur apparaisse plus lumineux que l'extérieur! Dans la photographie suivante un plan large de la maison Esters permet d'observer comment la lumière est "piégée" à l'intérieur. En jouant sur le réglage avec un logiciel on accentue le phénomène. L'oeuvre d'Heerich utilise le même dispositif. L'extérieur est presque reptilien. Les briques évoquent les fines écailles d'une peau. Nous avons vu comment, cependant, il expose cette peau terreuse au soleil et à la lumière. L'intérieur est au contraire lisse et tendu par une géométrie épurée. Sans fenêtres, et percées de portes étroites transparentes, le volume intérieur nous permet de faire l'expérience d'une lumière abstraite. Il faut alors opposer la lumière horizontale des portes transparentes à la lumière verticale des plaques sommitales dépolies. En effet à la lumière "horizontale" correspondent toutes les images que notre oeil peut saisir. Par les portes nous pouvons apercevoir les détails du paysage dont nous venons momentanément de nous abstraire. Au contraire la lumière diffusée par le haut n'éclaire que le volume intérieur abstrait et géométrique. (Mais aussi les visiteurs qui s'observent). On ne peut même pas voir les nuages à travers la verrière! Nous voyons surtout la trame modulée par M. Nous passons ainsi comme d'une lumière d'image à une lumière géométrique, ou d'une lumière d'objets à une lumière de relations et de rapports. Par exemple nous comprenons que le carré M est commun aux deux carrés lumineux. La logique du plan est inscrite au plafond! Ce à quoi nous pourrions être sensibles c'est le changement de sens qui affecte les deux parties, partie haute (notée "tour" sur la photo) et partie basse (notée "vide" sur la photo), quand nous pénétrons dans l'intérieur du volume. La tour, plus large que le vide, oppose à notre regard une grande surface. A l'intérieur, cependant, elle se transforme en une direction vers le haut et la lumière. A l'inverse le vide, aidé en cela par le pilier d'angle, se révèle à l'intérieur comprimer l'espace. Ce qui nous fait face de manière imposante se transforme en profondeur verticale et lumineuse. Ce qui se présente comme plus petit créé un effet de "couvercle" dans le volume. Erwin Heerich utilise savamment l'opposition entre intérieur et extérieur pour opérer une transformation de certaines sensations. La tour devient un puits de lumière. Le vide un petit territoire fermé en hauteur. La première dilate l'espace; le second le contracte. Rappel :
L'image met de même en évidence l'expansion en diagonale de l'espace intérieur. Les deux tours de lumière s'ouvrent l'une sur l'autre. Nous aimons sortir des angles barrés par les faux balcons pour goûter à l'espace lumineux qui s'épanouit autant en hauteur qu'en diagonale.
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