Philo-Fiche n°1
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(Note en cours de rédaction)
Souvenons-nous :
Sur les mots "philosophie" et "architecture"
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1. Le mot philosophie est formé à partir des termes grecs philo, (verbe philein : aimer...) et sophie (sophia : sagesse, savoir, connaissance...).
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C'est le penseur grec Héraclite d'Ephèse [Héraclite d'Éphèse (en grec ancien Ἡράκλειτος ὁ Ἐφέσιος / Hêrákleitos ho Ephésios) est un philosophe grec de la fin du VIe siècle av. J.-C.] qui aurait le premier utilisé l'expression.
Ce qu'il faut surtout retenir est que le terme "philo..." est l'indication qu'il s'agit d'un "amour" au sens de recherche plutôt que d'une possession. Le philo-sophe est celui qui cherche à savoir et ne se contente pas de faire état de ce qu'il sait (ou de ce qu'il croit savoir) . Il cherchera donc toujours à transmettre inséparablement les orientations et les résultats de sa recherche ainsi que ses doutes, ses interrogations et ses réflexions de nature méthodologique.
Le philosophe est en ce sens un amant exigeant. Il redoute par dessus tout les faux savoirs, les fausses certitudes. Rien n'est pire, aux yeux du philosophe tel que le conçoit par exemple Platon, que de croire que l'on sait quelque chose alors qu'en réalité on ne sait rien. Il vaut mieux savoir qu'on ne sait pas - ce qu'est par exemple telle ou telle chose - que de croire qu'on sait quelque chose. Cela suppose qu'on puisse soumettre ce que l'on pose comme savoir à l' examen critique. Ce que l'on croit savoir il faut accepter de le soumettre à la discussion critique, au débat contradictoire. Dans de nombreuses situations les faux savoirs nous induisent beaucoup plus en erreur que la reconnaissance de notre ignorance. Nous sachant ignorants nous serons ouverts à l'expérience et vigilants alors que l'adhésion à un faux savoir nous expose à prendre des décisions irrationnelles et qui peuvent s'avérer dangereuses. Le sage sera donc celui qui préférera reconnaître son ignorance plutôt que de perservérer dans un savoir illusoire. Encore faut-il avoir le moyen d'identifier les faux savoirs. C'est précisément une des finalités de la recherche philosophique.
En ce sens l'activité philosophique est une activité rationnelle. Le philosophe est un homme de raison. Mais, fidèle au principe de l'examen critique, le philosophe s'interrogera également sur les limites mêmes des pouvoirs de la raison. Que pouvons-nous savoir en toute certitude? Peut-on se passer de toute croyance? Que signifie "être dans la vérité"? Que dit-on quand on dit : "Tu es dans l'erreur"? Comment identifier un faux savoir? Doit-on se contenter d'hypothèses? Peut-on se contenter d'hypothèses? Qu'est-ce que la certitude? Y-a-t-il d'autres certitudes que mathématiques et scientifiques? Etc.
Rappelons-nous : philosopher c'est essentiellement poser des questions. Le philosophe est l'homme de la question et non l'homme de la réponse, et surtout pas de la "réponse prête à l'emploi".
Une (bonne) question philosophique est une question qui nous permet d'improviser les réponses les "plus sages possibles" aux multiples sollicitations de la vie personnelle et de la vie sociale.
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TEXTE :
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"Ce fut l'étonnement qui poussa, comme aujourd'hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, ce furent les difficultés les plus apparentes qui les frappèrent, puis, s'avançant ainsi peu à peu, ils cherchèrent à résoudre des problèmes plus importants, tels que les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des Etoiles, enfin la genèse de l'Univers. Apercevoir une difficulté et s'étonner, c'est reconnaître sa propre ignorance (et c'est pourquoi aimer les mythes est, en quelque manière se montrer philosophe, car le mythe est composé de merveilleux). Ainsi donc, si ce fut pour échapper à l'ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, il est clair qu'ils poursuivaient la science en vue de connaître et non pour une fin utilitaire. Ce qui s'est passé en réalité en fournit la preuve : presque tous les arts qui s'appliquent aux nécessités, et ceux qui s'intéressent au bien-être et à l'agrément de la vie, étaient déjà connus, quand on commença à rechercher une discipline de ce genre. Il est donc évident que nous n'avons en vue, dans la philosophie, aucun intérêt étranger. Mais, de même que nous appelons homme libre celui qui est à lui-même sa fin et n'est pas la fin d'autrui, ainsi cette science est aussi la seule de toutes les sciences qui soit libre, car seule elle est sa propre fin."
ARISTOTE
[(en grec ancien Ἀριστοτέλης / Aristotélês) est un philosophe grec qui naquit à Stagire (actuelle Stavros) en Macédoine (d’où le surnom de « Stagirite »), en 384 av. J.-C., et mourut à Chalcis, en Eubée, en 322 av J.-C.]
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2. Le mot architecture est formé à partir des termes grecs arché [arkhé] (principe, commencement, commandement) et tekton (charpentier...).
* A propos de tekton :
I. Ouvrier travaillant le bois, charpentier ou menuisier
II. Par extension,
1: Ouvrier ou artisan en général
2: Tout homme qui accomplit un travail, ou qui fabrique, crée, invente.
Le mot est apparenté au sanscrit taksantasti, au vieux slave tesati, et peut-être au latin tignum (= matériaux de construction, poutre).
Mots de la
même famille :
Tektainô :
1: Travailler le bois, être charpentier ou qqf menuisier;
2 : Fabriquer
avec du bois, d'où fabriquer, faire, machiner, comploter;
Tektonarkhos, qui préside aux travaux du charpentier ou du menuisier;
Tektoneion, chantier de charpentier ou atelier de menuisier;
Tektoneuô, être charpentier ou menuisier;
Tektonia, art du charpentier ou du menuisier;
Tektonikos, de charpentier;
Tektonokheir, qui travaille de ses mains, ouvrier;
Tektosunè, ouvrage de charpente ou d'architecture, art de construire.
On notera qu'en grec ancien le mot qui ressemble le plus à architecte est tektonarkhos : celui qui préside aux travaux du charpentier ou du menuisier.
Ouvrage de charpente ou d'architecture se disait tektosuné.
Selon ces indications l' archi-tecte est celui qui, à propos de "tecture" - tout ouvrage de construction en général (on parle aussi d'architecture navale ou d'architecture militaire celle-ci comprenant dans l'antiquité aussi bien les fortifications que les machines ou engins de guerre!) - définit et précise les principes, les arché (arkhé).
Les arkhés sont les principes qui "commencent" la tecture et la commandent.
Tecture se comprendra peut-être mieux en pensant ensemble la tecture comme ouvrage et comme processus de construction.
"Commencer" ce serait aussi donner la dimension des choses et cela en vertu des principes auxquels elles doivent satisfaire. Par exemple : que doit être la pyramide du Pharaon pour que son tombeau soit inviolable?
Commander ce serait, en engageant sa responsabilité, donner les ordres nécessaires pour que les ouvrages soient précisément conformes à certains principes, par exemple, de solidité, d'usage, de proportions, de qualités formelles, d'expression symbolique...
Pour prendre un exemple moderne on relira le texte de Wright où il expose quels sont les principes de la maison américaine moderne.
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TEXTE :
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Ce que nous découvrons en accédant aux rivages de la Grèce, c'est, d'abord, un mot, celui qui nous importe : architecture. L'étymologie nous apprend qu'il s'agit d'un composé : "tecture" nomme l'action de bâtir (le "tektonicos" est le charpentier, et plus généralement le fabricateur); quant au terme "arché" qui lui est apposé, on le traduit habituellement de trois façons :
1. Le commencement (d'une série temporelle ou historique, acception dont témoigne le mot archéologie),
2. Le commandement (au sens politique : nous l'évoquerons en parlant des Archontes dans la constitution athénienne),
3. Le principe (on parle ainsi d'archétypes, en particulier quant aux Idées platoniciennes).
Daniel Payot, Le philosophe et l'architecte, Editions Aubier-Montaigne, Paris 1982, page 53.
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Il s'ensuit que l'architecture est la pensée par principes (arché[s]) de tout ouvrage de construction (tecture).
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Cette pensée est doublement théorique et pratique. Il s'agit de méditer les meilleurs principes des constructions saisies à la fois comme ouvrages et comme mise en oeuvre des ouvrages eux-mêmes.
On peut discuter des principes, et c'est précisément ce qu'est "faire de l'architecture", il ne saurait y avoir d'archi-tecture sans que la tecture soit contrainte par des principes.
Le texte de Wright sur la maison est un excellent exemple de ce qu'est déterminer les archés d'une tecture.
La théorie de l'architecture elle-même est traversée par un débat sur l'origine même des principes. Ce débat oppose les tenants d'une position rationaliste et ceux d'une position empirique, ou historico-empirique.
Pour un théoricien rationaliste les principes de l'architecture sont déterminables a priori, indépendamment de toute expérience et de toute tradition historique.
Pour un théoricien empiriste les principes de l'architecture ne peuvent être déterminés que par expérience : expérience de la diversité de l'architecture existante et expérience de la construction elle-même.
Ce qui signe souvent l'architecture rationaliste est la prédominance donnée à la géométrie, celle-ci étant considérée comme science a priori de l'espace.
Ce à quoi il faut prendre garde c'est que le contraire de rationaliste n'est pas, dans ce domaine, irrationnel (ou irrationaliste) mais empiriste.
Les théoriciens et les philosophes rationalistes et empiristes sont tous deux rationnels. Le débat porte sur l'origine et la signification des principes. Mais, dans les deux cas, ces principes sont "raisonnables". Une architecture empiriste n'est pas "irrationnelle" même si, le plus souvent, elle accorde moins de place à la géométrie.
C'est au reste une piste de recherche intéressante. Qu'en est-il de la géométrie dans une conception rationaliste et dans une conception empiriste de l'architecture? Wright est-il rationaliste ou empiriste? Et s'il est empiriste qu'en est-il de la géométrie dans son architecture?
Là aussi prenons garde au fait que l'empirisme n'est pas la négation de la géométrie, mais un certain rapport à la géométrie.
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Note sur rationalisme et empirisme (d'aprés wikipédia) :
Rationalisme et empirisme
Selon l’empirisme, l’expérience est la source de toutes nos connaissances. Comme l'explique John Locke dans l’Essai sur l’entendement humain de 1690 :
« Supposons que l’esprit soit, comme on dit, du papier blanc (tabula rasa), vierge de tout caractère, sans aucune idée. Comment se fait-il qu’il en soit pourvu ? D’où tire-t-il cet immense fonds que l’imagination affairée et limitée de l’homme dessine en lui avec une variété presque infinie ? D’où puise-t-il ce matériau de la raison et de la connaissance ? Je répondrai d’un seul mot : de l’expérience ; en elle, toute notre connaissance se fonde et trouve en dernière instance sa source. »
Cette expérience, c’est celle de nos sens externes, qui nous permet par exemple de former l’idée de couleur, mais aussi celle de notre pensée en acte, par laquelle nous sommes capables de former l’idée de pensée, ou de raisonnement.
Une telle position conduit à une dévalorisation de la raison : une idée n’est, aux yeux de David Hume, qu’une « copie d’une impression analogue », de sorte que « tout ce pouvoir créateur de l’esprit n’est rien de plus que la faculté de combiner, transposer, diminuer les matériaux que nous fournissent les sens et l’expérience » (Enquête sur l’entendement humain, 1748), combinaisons qu’il opère selon des relations de ressemblance ou de contiguïté. Du point de vue de l’empirisme donc, « il n’est rien dans l’intellect qui n’ait été d’abord dans la sensibilité », ce à quoi Leibniz rétorquera « sauf l’intellect lui-même ».
Le rationalisme postule, en effet, l’existence en la raison de principes logiques universels (principe du tiers exclu, principe de raison suffisante) et d’idées a priori, c’est-à-dire indépendantes de l’expérience et précédant toute expérience. Ainsi Descartes admet-il l'existence d'idées a priori et innées telles que l'idée d'infini, de temps, de nombre, ou l'idée même de Dieu qui est « comme la marque de l’ouvrier sur son ouvrage », idées simples et premières, sans lesquelles l’expérience sensible nous resterait inintelligible : « je considère qu’il y a en nous certaines notions primitives, qui sont comme des originaux, sur le patron desquels nous formons toutes nos autres connaissances » (Lettre à Elisabeth du 21 mai 1643).
Aux yeux du rationalisme, en effet, l’expérience sensible ne saurait donner de connaissance véritable. Platon déjà en dénonçait le caractère fluctuant et relatif, qui ne nous montre qu’un jeu d’ombres inconsistant, et Descartes, dans la première Méditation métaphysique, le caractère trompeur :
« Tout ce que j’ai reçu jusqu’à présent pour le plus vrai et assuré, je l’ai appris des sens ou par les sens : or j’ai quelquefois éprouvé que ces sens étaient trompeurs, et il est de la prudence de ne se fier jamais entièrement à ceux qui nous ont une fois trompés. »
Le rationalisme, cependant, nous le verrons plus bas sous sa forme critique, ne répudie pas l’expérience sensible mais la soumet à des formes a priori qui la rendent possible et en organisent le donné.

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