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A propos d' Allemagne année zéro de Rossellini :
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On peut entendre les extraits sonores correspondants sur mon site personnel :
http://skildy.blog.lemonde.fr/2007/04/21/rossellini-musicien-ecouter-allemagne-annee-zero/
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Rédigé à 07:56 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
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Le film Métropolis (1927), de Fritz Lang, est aussi l'histoire d'un mot : le mot frère, Bruder en allemand.
Sur les hauteurs de Métropolis, là où ont été aménagés les jardins des délices destinés aux "fils", arrivent un jour un groupe d'enfants d'ouvriers en haillons, sortis des souterrains où leurs pères travaillent comme des forçats.
Ils sont conduits par Maria, égérie christique et révolutionnaire d'un médiateur à venir.
Les enfants des souterrains découvrent, hallucinés, leurs frères humains des jardins des délices.
Le face à face de regards médusés et inquiets :
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On ne peut pas mieux mettre en scène l'impossibilité de donner figure à une essence humaine. "Je cherche un Homme", disait déjà Diogène en déambulant en plein jour avec une lanterne à la main sur l'agora.
Être humain ce n'est pas autre chose que de se reconnaître dans la fraternité de l'autre, son étrangéreté me renvoyant à la mienne.
Quelques années plus tard, dans M le Maudit, Fritz Lang filmera les angoisses et les crimes d'un serial killer de petites filles en restant fidèle à cette vision de la fraternité.
Qu'il soit riche ou pauvre au-delà de ce que je peux imaginer, ou bien le pire monstre qui soit, je ne suis humain que si je parviens à reconnaître en l'autre un frère, un Bruder en allemand.
Ce n'est pas aussi évident qu'il peut sembler.
Thea von Harbou, la scénariste de Métropolis, rejoindra les hitlériens et leur fera des films insignifiants. Elle avait une vision restrictive de la fraternité. Il y a des gens qui sont plus frères, plus Bruder que d'autres. C'est la fraternité de la race, exclusive et qui se sent menacée par l'autre qui lui fait peur, (qui lui fait peur sur ce qu'elle est elle-même) : les juifs, les tziganes, les handicapés, les homosexuels...
M le Maudit sera interdit par les nazis; Lang quittera l'Allemagne, ira à Paris, à Londres, en Amérique où il fera des films qui comptèrent pour l'implication militaire des Etats-Unis dans la luttre contre le nazisme.
La fraternité est inconditionnelle ou n'est pas. Car, si elle est conditionnelle, elle peut devenir par exemple une fraternité "de sang" et se cimenter dans le meurtre de l'autre.
C'est pourquoi, pour Fritz Lang, nul n'a le droit, sauf pour défendre la vie quand elle est directement menacée, donner la mort à qui que ce soit, fût-il monstrueux.
La peine de mort est un crime.
Elle repose sur l'idée qu'il y a une essence humaine dont sont exclus les monstres, imaginaires ou réels.
Alors que la seule manière d'être humain est de reconnaître la fraternité de l'autre, fût-elle dérangeante, troublante, inquiétante, "inconcevable".
"Humanité" n'est pas le nom d'une classe dans laquelle on peut inclure certains "anthropos" et pas d'autres.
Elle est immanente à l'acte qui institue et reconnaît inconditionnellement la fraternité.
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Rédigé à 23:26 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
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Il est instructif de revoir, dans la foulée de Beijing Bicycle - Les vélos de Pékin - de Wang Xiaoshuai (2001) Le voleur de bicyclette de Vittorio de Sicca (1948).
Le premier film, comme son titre l'indique, "se déroule" à Pékin, le deuxième à Rome. Or Rome et Pékin ne sont pas seulement des capitales administratives, mais aussi des capitales symboliques et spirituelles : du christianisme (du christianisme catholique) dans le premier cas; du communisme (du communisme maoïste) dans le second.
Les deux cinéastes donnent à voir, et à entendre - Deleuze dit des choses intéressantes à propos des "opsignes" et des "sonsignes" (1) du néo-réalisme italien et de celui notamment de Vittorio de Sicca - la non correspondance substantielle entre l'existence romaine et pékinoise et l'affichage de ces capitales symboliques.
Il leur aura suffit de filmer ce qui arrive à l'homme le plus humble lequel, en l'occurrence, constitue la pierre de touche.
La question "théorématique" est alors la suivante :
Qu'arrive-t-il au monde si, à Rome comme à Pékin, l'homme le plus humble vit un véritable enfer?
Que cela nous dit-il sur la société si, au coeur de la capitale de la Charité et au coeur de la capitale de la Révolution Prolétarienne, l'homme humble est humilié, méconnu, méprisé, exposé à la violence, à la haine et, pour finir, à la destruction, à la "disparition"?
Que peut-on esquisser comme réponse?
Une réponse-cadre s'impose pourtant immédiatement, qui est elle-même une source d'innombrables nouvelles interrogations : ce qu'on appelle "libéralisme", ou plus exactement peut-être "capitalisme libéral", s'est installé partout de manière triomphale allant même, parfois, jusqu'à emprunter des détours invraisemblables.
Le directeur de la compagnie qui emploie le jeune Guei, dans Beijing Bicycle, va jusqu'à utiliser la rhétorique de l'entreprise communiste pour enchaîner les employés à la terreur du rendement et du profit.
Il est parfaitement légitime de penser que le libéralisme est hautement préférable aux phalanges fascistes et aux divers types de goulags.
Cependant la "liberté" du marché est inquiétante en cela même qu'elle semble s'adosser dans les deux cas à la menace totalitaire : celle du fascisme - les plans sur les stades survoltés à Rome - et celle du communisme de goulag - la disparition de la jeune servante à Pékin. Comme si la frontière entre les deux univers, celui de la liberté et celui de la terreur, était tout sauf étanche et simple à définir et à "surveiller".A plus d'un demi-siècle de distance les deux films dressent un état des lieux désespérant.
Vittorio de Sicca montre par lui-même qu'il existait au moins encore un vrai chrétien à Rome en 1948.
Wang Xiaoshuai montre par lui-même qu'il existait au moins encore un vrai révolutionnaire à Pékin en 2001.
Mais cela même n'est absolument pas rassurant.
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(1) Dans Beijing Bicycle Xiaoshuai incruste par exemple un sonsigne récurrent : la rumeur sourde des automobiles qui, jour et nuit, prête sa voix au nouveau Pékin. Cette présence sonore, ne l'oublions pas, résulte de l'explosion du gaz de pétrole raffiné. Elle annonce l'entrée de la Chine dans le concert international de la destruction du climat et de la biodiversité. Cette musique est relativement récente et nouvelle. Pendant des siècles Pékin, la nuit, c'était le chant des insectes, des crapeaux-buffles, des aboiements de chiens, des rumeurs de musiques, des pleurs d'enfants... Puis il y eut les vélos avec leur sonnette. L'ambiguïté du sonsigne "automobile" est abyssale. D'un côté elle est rassurante. Pékin est une des grandes métropoles du monde moderne. D'un autre elle est totalement inquiétante : elle est le signe mortuaire d'une probable catastrophe écologique planétaire.
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